Le basalte étoilé du ciel* se veut un voyage visuel sur des îles volcaniques, que j’explore comme autant de laboratoires à ciel ouvert, où le minéral est sujet. Mes images naissent d’immersions dans le paysage, immersions sensibles et vibratoires, et se prolongent dans l’atelier par un travail de transformation. Je photographie les paysages, la roche, les plis et les fractures de la terre.
Mon approche est plastique, j’expérimente avec les supports photographiques, les formats, les épaisseurs, les procédés. Assemblages, superpositions deviennent prolongement du geste de prise de vue. Face à la puissance et à l’impermanence des territoires volcaniques, chaque image est une tentative de capturer un état transitoire. Un fragment d’île, suspendu entre création et effacement. Immersions sur l’île de La Réunion, Lanzarote, la Sicile et les Iles Eoliennes, l’Islande, Pico et les Açores.
Trois îles ont été présentées à l’Espace Intermédiaire à Bruxelles dans le cadre du festival PhotoBrussels en janvier février 2026.
Assemblages superpositions d’images de formats variés aux textures différentes. Pliages, collages, dessins, et roches basaltiques accompagnent.
KARINE MAUSSIÈRE : PHOTOVOLCANIQUE
Quand Karine Maussière arpente les îles volcaniques (La Réunion, Lanzarote, Sicile, Eoliennes, Islande, Les Açores), son œil bouillonne, son pas est gourmand.
Tel un périscope, le regard englobe la totalité du paysage et démultiplie les prises de vue (s), puis les hache. Saisir des plans éloignés et rapprochés, capter à la source, prélever des fragments de manière chirurgicale comme dans un laboratoire, voilà l’approche des matériaux qui vont se transformer et s’émanciper du cliché naturaliste.
Les photographies en couleur et en noir et blanc sont alors saisies dans un dispositif qui présente non plus seulement des photographies mais des objets hybrides. Les installations, reprenant le langage poétique de chaque territoire, nous embarquent dans un voyage quasi sensoriel ; on tremble avec la terre, on sillonne entre les fumées, puis une trouée de bleu, de mer ou de ciel et tout s’ouvre. Pris au cœur des matières végétales et minérales, le spectateur est à son tour comme pétri par les éléments naturels. Il fait partie du tourbillon chaotique, du magma des origines. Il fait corps avec le mouvement des forces telluriques et cosmiques. Il fend les passages et les transitions du relief. Du désert il passe à une luxuriante forêt. Enfin il vacille au bord du cratère, entre impression de puissance et de vulnérabilité.
Le travail de terrain se prolonge ici sous nos yeux. L’artiste interroge la photographie qui l’interroge en retour : comment une image, née de lumière, peut-elle devenir tangible, presque sculpturale ? Que se passe-t-il au-delà du réel ? Si elle tend à saisir l’instant, les images se meuvent comme ces géographies, géologies concentriques où les volcans recomposent, remodèlent ce que nous croyons comme acquis. L’œil, est invité à reconstituer un nouveau paysage. Créer alors son propre voyage est à portée de main; comme s’approcher progressivement de ses lointains. Un dialogue s’insinue dans un tempo personnel et approprié. Ici l’humain comme le paysage est en transition. Nous en humons le soufre des scories.
Dans une même installation le regard marche avec le déplacement du corps. De près, de loin : d’une image de format de 60 x 80 cm, il passe à un détail plus petit puis à un instantané plus intime. On s’approche, on recule, on se rapproche. Dans les assemblages, des zones sont occultées par des recouvrements, des chevauchements. Quelque chose pourrait disparaître. Un part de mystère. Des grands espaces lâchent une roche isolée. A l’instar du terrain, les fragments s’animent de strates. Une tablette déploie une superposition d’images expérimentales de formats et de papiers différents, insérée dans l’ensemble. Le traversant, elle offre des objets de récolte : mousses, pierres, graines, feuilles et cheveux de pelé voisinant avec, des images pliées, encadrées dans des cadres-vitrines de 30 x 40 cm, des papiers déchirés, ainsi qu’un leporello-carnet de recherches. La richesse des contenus de ces montages se déploie dans un ensemble clair, aéré et structuré. Au bord du reportage la fiction l’emporte.
Dans la palette de couleurs et de formes à géométrie variable, nous sommes assimilés aux paysages, à leurs failles, leurs plis, leurs anfractuosités, leurs accidents. Avec le travail de la photographe nous touchons immanquablement des forces, des vents contraires et si nous passons de la caresse à l’égratignure, nous sommes bien vivants.
Sophie Braganti 2026
AICA France