Le temps en friches

"Parfois, (...), le golfe est hérissé de vagues à crêtes blanches qui viennent se briser avec une certaine énergie au pied de la promenade (...)" Jean Rolin

Dans la cadre de Marseille Capitale de la Culture 2013, lors d’une résidence à Istres, j’ai sillonné le GR2013 sur le territoire ouest de la mer de Berre. Du XIXe siècle à la fin des années 60, l'étang de Berre, ce territoire a été le bassin de flux migratoires et ses « rives » ont subi de profonds changements : son économie, basée sur des activités traditionnelles (transhumance, marais salins, usine de soude...), a été remplacée par une économie industrielle.

C’est donc avec une attention particulière aux processus d’héritage et de résilience à l’oeuvre, que j’ai porté un regard sur le patrimoine architectural, en friche, trouvé sur le chemin. Usine, bastide, bergerie, aire de loisir... ponctuent ce chemin de grande randonnée. A chaque découverte, un voyage dans le temps s’effectue, l’histoire se réécrit, la mémoire fait acte, la photographie apparaît, l’image reconstruit l’oeuvre architecturale.

Utilisant le petit format de l’Instax mini, l’image instantanée du procédé accentue l’aura de ces architectures fantomatiques. Collées en triptyques, les images ainsi construites renforce le déséquilibre des architectures. La déconstruction du cliché s’ajuste au motif de la friche. Les imperfections du procédé renforce cette idée de disparition. La friche contemporaine questionne notre propre civilisation.